“Notre premier album était celui de quatre types qui rêvaient d’être un groupe de rock. Ce nouvel opus a été écrit et composé par ces quatre même types formant désormais un groupe à part entière et ne vivant que pour ça.”
- Dolf Datsun, à propos de ‘Outta Sight/Outta Mind’
Le rock’n’roll alchimique et caractéristique des Datsuns prouve à lui tout seul qu’il y aura toujours sur cette planète des gamins, assoiffés de bruit et d’adrénaline, prêts à partir à la découverte du rock, de ses racines archaïques, ses grooves poussiéreux, ses riffs rouillés et son esprit intact tout en lui insufflant leur énergie, leur enthousiasme et leur envie de faire quelque chose de nouveau.
Il suffit d’assister à l’un des concerts torrides et surpuissants de ce quatuor néo-zélandais – lorsque ces quatre fougueux compères, à la tignasse fournie, s’emparent de la scène balançant leur rock’n’roll déterminé d’une concision extrême avec un naturel déconcertant – ou, encore mieux, de laisser libre cours aux immédiates et abjectes sensations que procure leur électrisant deuxième opus, ‘Outta Sight/Outta Mind’, pour comprendre que The Datsuns est, de toute évidence, un groupe qui connaît bien l’histoire du rock. Pourtant cela ne pèse guère sur cette soif de sensations qui les a au départ poussés à faire de la musique. Dénué de toute nostalgie, le son des Datsuns puise en toute liberté dans les riffs et les grooves du rock’n’roll, tout en injectant une solide dose d’adrénaline juvénile et de vélocité punk-rock et en imposant ses propres riffs, dignes d’un mutant de Jimmy Page un peu nerveux, avec une certaine arrogance virile et ce dépouillement et déchaînement qui caractérisent le punk-rock.
‘The Datsuns’ était un magnifique premier album, fort de chansons incarnant parfaitement le son des Datsuns à son état embryonnaire. ‘MF From Hell’ et ‘Harmonic Generator’ possédaient cette efficacité glam, ce côté érotique et provocateur et cette énergie irrésistible, conjuguant ainsi les qualités des meilleurs morceaux pop et l’intensité du rock le plus puissant. Grâce à cet album charismatique accompagnés de concerts inoubliables, les Datsuns convaincront même les plus cyniques qui ne voyaient au départ dans ce groupe, tandis qu’il se faisait une place aux côtés de The Hives et The White Stripes, qu’un phénomène hype de plus, avant de leur attribuer l’étiquette plus honorable de groupe “Rock”.
Tout cela nous amène donc à ‘Outta Sight/Outta Mind’. Si ce nouvel opus dégage la même énergie et la même désinvolture que leur premier album éponyme sorti en 2002– mais amplifiées ici davantage encore – il n’est en rien une refonte d’anciennes formules. Bien loin de là, ‘Outta Sight/Outta Mind’ est le fruit des délires rock’n’roll fous et imprévisibles des Datsuns, en quelque sorte la crème de la crème de toutes les expériences qu’ils ont vécues au cours de ces deux dernières folles années.
“Je me souviens avoir conçu les arrangements de ‘That Sure Ain’t Right’ sur scène, pendant une balance au Japon, ou avoir joué pour la première fois ‘Messin’ Around’ en tournée il y a environ un an; les mélodies de ‘What I’ve Lost’ ont été peaufinées dans le car au beau milieu de l’Arizona,” se souvient Dolf. “Notre premier album avait été conçu dans l’urgence, c’était un truc viscéral, un peu brut de décoffrage. Nous sommes parvenus à restituer cette urgence vitale, mais cette fois nous avions envie de prendre en compte d’autres influences et d’autres éléments qui constituent pour nous une source d’inspiration.”
Oubliez l’étiquette de ‘Garage’ qui leur a stupidement été attribuée – cet album confirme que The Datsuns sont l’un des étendards du heavy rock. ‘Messin’ Around’ évoque un groove rock sudiste digne de Black Oak Arkansas ou ZZ Top, tandis que le premier single, le virulent ‘Blacken My Thumb’, est plus venimeux et vigoureux que l’on aurait pu s’imaginer.
Le son de The Datsuns s’est cependant élargi, leurs talents d’auteur-compositeur ont évolué et mûri comme en témoigne la mélancolie punk imbibée de whisky de ‘What I Lost’ ou la tristesse qui se dégage de ‘Girl’s Best Friend’. Mais rassurez-vous les Datsuns nous réservent encore quelques perles rock’n’roll, comme le confirme l’imparable ‘You Can’t Find Me’, digne de The Sweet, ou l’allègrement condescendant ‘Hong Kong Fury’, sans oublier l’épique ‘I Got No Words’’ qui achève en beauté ce disque, en tout point aussi cathartique et intense que peut l’être le groupe lors de ces athlétiques performances scénique.
“C’est un album qui raconte des histoires, parfois légèrement autobiographiques,” confie Dolf. « Et inspirées de ces deux années passées sur la route, de certains trucs bizarres, des gens que nous avons vus et rencontrés et qui évoque aussi l’évolution de nos relations avec les gens qui nous entourent. Nous sommes continuellement en mouvement, enchaînant les événements les uns après les autres.”
John Paul Jones (Butthole Surfers, Diamanda Galas, Brian Eno), producteur et membre légendaire de Led Zeppelin, a prêté main forte au groupe sur ce projet.
“Il nous a vraiment aidé à réaliser le disque que nous avions envie de faire,” explique Dolf. “ Au départ on ne voulait pas de producteur du tout, on voulait tout faire nous-mêmes. Puis lorsque nous l’avons rencontré et que nous en avons parlé avec lui, nous nous sommes dits que si nous devions réaliser ce disque avec quelqu’un, ce serait une personne que nous respectons et admirons. Nous lui avons ensuite demandé : ‘Comment tu nous produirais, toi ?’. Et il nous a répondu : “Moi je ferai ça d’une manière très simple et directe, comme quatre types qui font de la musique dans leur coin. En quelques mots il avait exprimé exactement ce que nous avions envie de faire. “
“L’idée qu’un album puise être une sorte d’instantané d’un groupe à un moment et un endroit donné me plait, le fait qu’en l’écoutant on puisse savoir où en était une formation à ce moment précis, » explique Dolf. “C’est le cas de cet album, il est très sincère. Je crois que j’ai maintenant davantage confiance en moi, suffisamment pour dire vraiment où j’en suis, ce que je pense et ce que je ressens. La distance qui sépare ‘The Datsuns’ et ‘Outta Sight, Outta Mind’ n’est pas seulement révélatrice d’un groupe qui n’a pas peur de mûrir, d’évoluer, de faire mieux, cela implique également que Datsuns est le genre de groupe avec un troisième, un quatrième, un cinquième album en perspective.
“C’est ça un groupe,” déclare Dolf en souriant.